6
Ce n'est pas la quantité des connaissances qui importe, mais leurs
qualités. On peut savoir bien des choses et ignorer ce qui est le plus
nécessaire.
7
Socrate n'avait pas la faiblesse commune de parler pendant ses
entretiens de tout ce qui existe, de chercher la provenance de ce
que les sophistes appelaient nature et de remonter jusqu'aux causes
premières dont sont sortis les corps célestes. Est-ce possible,
disait-il, que les gens croient avoir pénétré tout ce qu'il importe
à l'homme de savoir, s'ils s'occupent de ce qui se rapporte si peu à
l'homme?
Il s'étonnait surtout de l'aveuglement des faux savants qui ne se
doutent pas de ce que la raison humaine est incapable de pénétrer ces
mystères. C'est pourquoi, disait-il, ceux qui s'imaginent savoir en
parler ne sont pas d'accord dans leurs principes même, et lorsqu'on
les entend parler ensemble on se croirait parmi des fous. De fait,
quels sont les signes particuliers de ceux qui sont pris de folie? ils
craignent ce qui n'a rien d'effrayant et n'ont pas peur de ce qui est
réellement dangereux.