J.-J.-ROUSSEAU

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L'unique explication de la vie insensée, contraire à la conscience des

meilleurs hommes de tous les temps, que mènent les gens de notre époque,

se trouve dans le fait que les jeunes générations étudient des matières

innombrables: la constitution des astres de la terre, l'origine des

organismes, etc., ils n'omettent qu'une chose, c'est de savoir quel est

le sens de la vie humaine, comment il faut la vivre, ce qu'ont pensé de

cette question les grands sages de tous les temps, et comment ils l'ont

résolue. Non seulement les jeunes générations n'en sont pas instruites,

mais on leur apprend, sous le nom de religion, les inepties les plus

flagrantes, auxquelles ceux qui les enseignent ne croient pas eux-mêmes.

Tout l'édifice de notre vie sociale repose sur des bulles gonflées d'air

et non sur de la pierre.

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Ce qu'on appelle aujourd'hui science est un composé d'inventions des

gens riches, nécessaire pour occuper leur oisiveté.

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Nous vivons dans un siècle de philosophie, de sciences et de raison. Il

semble que toutes les sciences se soient réunies pour éclairer notre

route dans le labyrinthe de la vie humaine. D'immenses bibliothèques

sont ouvertes à tous et partout, des lycées, des écoles, des universités

nous donnent depuis l'enfance la possibilité de profiter du savoir

des hommes qui s'est accumulé pendant des milliers d'années. Il

semblerait que tout contribue à la formation de notre intelligence et au

consolidement de notre raison. Eh bien, sommes-nous devenus meilleurs

ou plus sages? Connaissons-nous mieux la voie et le but de notre vie?

Connaissons nous mieux nos obligations et surtout le bien de la vie? Ou

qu'avons-nous acquis par ces vaines connaissances, sinon l'inimitié,

la haine, l'ignorance et les doutes? Chaque doctrine et chaque secte

religieuse prouve qu'elle a trouvé la vérité. Chaque écrivain sait seul

en quoi consiste notre bonheur. L'un nous prouve qu'il n'y a pas de

corps, l'autre--qu'il n'y a pas d'âme, le troisième--qu'il n'y a aucune

connexion entre l'âme et le corps, le quatrième--que l'homme est un

animal, le cinquième--que Dieu n'est qu'un miroir.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 266 / 513 题