MATT., V. 23.

Voilà où est la vraie religion: ni dans la cérémonie, ni dans

l'offrande, mais dans l'union des hommes.

4

La doctrine chrétienne est tellement claire que les tout petits enfants

la comprennent dans son sens exact. Seuls ceux qui ne veulent pas vivre

comme des chrétiens ne la comprennent pas.

Pour comprendre le vrai christianisme, il faut tout d'abord renoncer au

faux christianisme.

5

Le vrai culte de Dieu est exempt de superstitions; lorsque la

superstition y pénètre, le culte même s'écroule. Le Christ nous a montré

en quoi consistait le vrai culte de Dieu. Il nous enseignait que de tout

ce que nous faisons dans le monde, il n'y a qu'une lumière et qu'un seul

bonheur pour les hommes,--c'est notre amour des uns pour les autres; Il

nous disait que nous ne pourrons atteindre notre bonheur qu'en servant

les autres, et non pas nous-mêmes.

6

Si ce qui est présenté comme loi de Dieu ne demande pas d'amour, ce ne

sont que des inventions des gens, et non pas la loi de Dieu.

D'après SKOWORODA.

7

On ne peut pas apprendre à connaître Dieu d'après ce que l'on raconte de

Lui. On ne peut le connaître qu'en accomplissant Sa loi, la loi que le

cœur de chaque homme connaît.

8

Le sens de la doctrine du Christ est dans l'indication de la perfection

divine vers laquelle les hommes doivent tendre. Mais les hommes qui ne

veulent pas suivre la doctrine du Christ, comprennent volontairement ou

non, la doctrine du Christ non pas comme il l'a prêchée--rapprochement

continu vers la perfection--mais comme une règle conformément à laquelle

le Christ exigerait des hommes la perfection divine. Et en interprétant

aussi faussement la doctrine du Christ, ceux qui ne veulent pas la

suivre adoptent l'une de ces deux attitudes: ou bien, considérant

la perfection comme inaccessible (ce qui est parfaitement juste),

ils rejettent toute la doctrine comme un rêve irréalisable, ou bien,

attitude la plus nuisible et la plus générale, tout en reconnaissant la

perfection comme inaccessible, ils corrigent c'est-à-dire, dénaturent la

doctrine et observent des règles que l'on appelle chrétiennes, mais qui

sont, pour la plupart, contraires, au christianisme.

9

L'idée de l'union des chrétiens, comme une réunion des élus, des

meilleurs, est une idée anti-chrétienne présomptueuse et fausse. Quel

est le meilleur, quel est le plus mauvais? Pierre était le meilleur

avant que le coq chantât, et le brigand était le plus méchant avant la

croix. Ne connaissons-nous pas en nous-mêmes tantôt l'ange, tantôt le

diable, qui se mêlent si bien à notre vie, qu'il n'y a pas d'homme qui

aurait complètement chassé l'ange, ni qui aurait laissé apparaître le

diable derrière l'ange. Comment pouvons-nous, nous qui sommes des êtres

si complexes, former la réunion des élus, des justes?

Il y a une lumière de vérité, et il y a ceux qui s'approchent d'elle

de tous côtés; d'autant de côté qu'il y a de rayons dans un cercle,

c'est-à-dire par des routes infiniment variées. Tâchons de toutes nos

forces d'arriver à la lumière de la vérité qui nous unit tous, et ce

n'est pas à nous de juger si nous sommes près d'elle et unis à elle.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 255 / 513 题