Voilà où est la vraie religion: ni dans la cérémonie, ni dans
l'offrande, mais dans l'union des hommes.
4
La doctrine chrétienne est tellement claire que les tout petits enfants
la comprennent dans son sens exact. Seuls ceux qui ne veulent pas vivre
comme des chrétiens ne la comprennent pas.
Pour comprendre le vrai christianisme, il faut tout d'abord renoncer au
faux christianisme.
5
Le vrai culte de Dieu est exempt de superstitions; lorsque la
superstition y pénètre, le culte même s'écroule. Le Christ nous a montré
en quoi consistait le vrai culte de Dieu. Il nous enseignait que de tout
ce que nous faisons dans le monde, il n'y a qu'une lumière et qu'un seul
bonheur pour les hommes,--c'est notre amour des uns pour les autres; Il
nous disait que nous ne pourrons atteindre notre bonheur qu'en servant
les autres, et non pas nous-mêmes.
6
Si ce qui est présenté comme loi de Dieu ne demande pas d'amour, ce ne
sont que des inventions des gens, et non pas la loi de Dieu.
D'après SKOWORODA.
7
On ne peut pas apprendre à connaître Dieu d'après ce que l'on raconte de
Lui. On ne peut le connaître qu'en accomplissant Sa loi, la loi que le
cœur de chaque homme connaît.
8
Le sens de la doctrine du Christ est dans l'indication de la perfection
divine vers laquelle les hommes doivent tendre. Mais les hommes qui ne
veulent pas suivre la doctrine du Christ, comprennent volontairement ou
non, la doctrine du Christ non pas comme il l'a prêchée--rapprochement
continu vers la perfection--mais comme une règle conformément à laquelle
le Christ exigerait des hommes la perfection divine. Et en interprétant
aussi faussement la doctrine du Christ, ceux qui ne veulent pas la
suivre adoptent l'une de ces deux attitudes: ou bien, considérant
la perfection comme inaccessible (ce qui est parfaitement juste),
ils rejettent toute la doctrine comme un rêve irréalisable, ou bien,
attitude la plus nuisible et la plus générale, tout en reconnaissant la
perfection comme inaccessible, ils corrigent c'est-à-dire, dénaturent la
doctrine et observent des règles que l'on appelle chrétiennes, mais qui
sont, pour la plupart, contraires, au christianisme.
9
L'idée de l'union des chrétiens, comme une réunion des élus, des
meilleurs, est une idée anti-chrétienne présomptueuse et fausse. Quel
est le meilleur, quel est le plus mauvais? Pierre était le meilleur
avant que le coq chantât, et le brigand était le plus méchant avant la
croix. Ne connaissons-nous pas en nous-mêmes tantôt l'ange, tantôt le
diable, qui se mêlent si bien à notre vie, qu'il n'y a pas d'homme qui
aurait complètement chassé l'ange, ni qui aurait laissé apparaître le
diable derrière l'ange. Comment pouvons-nous, nous qui sommes des êtres
si complexes, former la réunion des élus, des justes?
Il y a une lumière de vérité, et il y a ceux qui s'approchent d'elle
de tous côtés; d'autant de côté qu'il y a de rayons dans un cercle,
c'est-à-dire par des routes infiniment variées. Tâchons de toutes nos
forces d'arriver à la lumière de la vérité qui nous unit tous, et ce
n'est pas à nous de juger si nous sommes près d'elle et unis à elle.