LICHTENBERG.

6

Lorsqu'on parle du ciel comme d'un endroit où se trouvent les heureux,

on se le représente généralement quelque part très haut, dans les

régions infinies de l'univers. On oublie que notre terre, vue de l'une

de ces hautes régions, ressemble également à l'un des astres célestes,

et que les habitants de ces planètes ont absolument le même droit de

dire, en désignant la terre: «Voyez-vous cet astre-là, c'est l'endroit

de la félicité éternelle, l'asile céleste préparé pour nous et où nous

irons un jour.» Le fait est que, par une étrange erreur de notre raison,

l'élan de notre croyance est toujours connexe avec l'idée de notre

élévation vers les hauteurs, et nous ne songeons pas que nous aurions

beau nous élever, nous devrons néanmoins redescendre encore, afin de

pouvoir poser un pied ferme dans quelque autre monde.

7

Les mahométans font bien de couvrir leurs yeux de leurs doigts et de

se boucher les oreilles, lorsqu'ils entrent au temple et commencent à

prier.

La vraie prière est dans l'abstraction de toutes nos préoccupations

habituelles, de tout ce qui peut nous rappeler l'existence de nos sens,

et dans l'évocation en soi de l'élément divin. Dans ce but, le mieux est

de faire ce que nous dit le Christ: d'entrer seul dans un lieu clos, et

de s'y enfermer, c'est-à-dire de prier dans la solitude complète, que

l'on soit chez soi, dans la forêt ou dans les champs. La vraie prière

est dans ce détachement de toutes les choses extérieures, pendant

lequel on contrôle son âme, ses actes, ses désirs, non pas d'après les

exigences extérieures du monde, mais d'après les exigences de l'élément

divin que nous sentons en nous.

Une telle prière est un secours: elle fortifie et élève l'âme, elle

confesse et vérifie les actions passées, elle indique la conduite future.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 246 / 513 题