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Lorsqu'on parle du ciel comme d'un endroit où se trouvent les heureux,
on se le représente généralement quelque part très haut, dans les
régions infinies de l'univers. On oublie que notre terre, vue de l'une
de ces hautes régions, ressemble également à l'un des astres célestes,
et que les habitants de ces planètes ont absolument le même droit de
dire, en désignant la terre: «Voyez-vous cet astre-là, c'est l'endroit
de la félicité éternelle, l'asile céleste préparé pour nous et où nous
irons un jour.» Le fait est que, par une étrange erreur de notre raison,
l'élan de notre croyance est toujours connexe avec l'idée de notre
élévation vers les hauteurs, et nous ne songeons pas que nous aurions
beau nous élever, nous devrons néanmoins redescendre encore, afin de
pouvoir poser un pied ferme dans quelque autre monde.
7
Les mahométans font bien de couvrir leurs yeux de leurs doigts et de
se boucher les oreilles, lorsqu'ils entrent au temple et commencent à
prier.
La vraie prière est dans l'abstraction de toutes nos préoccupations
habituelles, de tout ce qui peut nous rappeler l'existence de nos sens,
et dans l'évocation en soi de l'élément divin. Dans ce but, le mieux est
de faire ce que nous dit le Christ: d'entrer seul dans un lieu clos, et
de s'y enfermer, c'est-à-dire de prier dans la solitude complète, que
l'on soit chez soi, dans la forêt ou dans les champs. La vraie prière
est dans ce détachement de toutes les choses extérieures, pendant
lequel on contrôle son âme, ses actes, ses désirs, non pas d'après les
exigences extérieures du monde, mais d'après les exigences de l'élément
divin que nous sentons en nous.
Une telle prière est un secours: elle fortifie et élève l'âme, elle
confesse et vérifie les actions passées, elle indique la conduite future.