12
Accomplis ton œuvre de vie en perfectionnant et en améliorant ton âme,
et sois persuadé que ce n'est qu'ainsi que tu pourras contribuer de la
façon la plus féconde à l'amélioration de te vie commune des hommes.
13
Notre vie serait belle si nous avions aperçu seulement ce qui détruit
notre bonheur. Et c'est la superstition de la violence qui ne peut nous
donner ce bonheur qui le détruit.
VIII.--_Interprétation erronée du commandement du Christ interdisant
d'user de la violence contre le mal._
1
La base de l'organisation sociale des païens était la vengeance et la
violence. Cela devait être ainsi. Il semblerait, par contre, que l'amour
et la renonciation à la violence auraient dû inévitablement être à la
base de notre société. Cependant, la violence règne toujours. Pourquoi?
Parce que ce qui est professé au nom du Christ n'est pas la doctrine du
Christ.
2
Doit-on comprendre les paroles du Christ sur l'amour envers ceux qui
nous haïssent, envers nos ennemis, amour qui n'admet aucune violence,
comme elles ont été dites, c'est-à-dire commandant l'humilité et
l'amour, ou bien doit-on les comprendre autrement? Et si c'est
autrement, on doit dire comment. Or, personne ne le fait. Pourquoi?
Parce que ceux qui se disent chrétiens veulent cacher à eux-mêmes et
aux autres le sens véritable de la doctrine du Christ commandant le
changement profond de leur vie. Or, l'ordre actuel leur est profitable.
3
Chose étrange: ceux qui reconnaissent la doctrine du Christ se révoltent
contre la règle qui n'admet en aucun cas la violence.
L'homme qui reconnaît que le sens et l'œuvre de la vie est dans
l'amour, se révolte parce qu'on lui indique à cet effet une voie sûre,
en même temps que les erreurs les plus dangereuses qui pourraient le
détourner de cette voie. C'est comme si le marin s'indignait contre
l'indication de la bonne direction au milieu des bancs de sables et
de récifs. «Pourquoi cette contrainte? Il se peut que j'aie besoin
d'échouer sur un banc de sable.» Les gens parlent de même lorsqu'ils
s'indignent contre la défense d'employer la violence et de rendre le mal
pour le mal.
[1] Célèbre écrivain russe, émigré à l'étranger. (_N. du Tr._)