II.--_L'absurdité de la colère._

1

Les Bouddhistes disent que tout péché vient de la bêtise. Cela est

juste pour tous les péchés, mais surtout pour l'inimitié. Le pêcheur,

l'oiseleur se fâche contre le poisson ou l'oiseau parce qu'il ne l'a pas

pris, et moi je me fâche contre l'homme, parce qu'il fait ce dont il

a besoin pour lui, et non pas ce que je voudrais de lui. N'est-ce pas

également stupide?

2

Un homme t'a offensé. Tu t'es fâché contre lui. L'affaire est terminée.

Mais la colère contre cet homme s'est figée dans ton cœur, et lorsque

tu penses à lui, tu t'irrites. Comme si le diable, qui est toujours

en faction à la porte de ton cœur, avait profité de l'heure où tu as

ressenti ta colère contre cet homme; comme si elle lui eut ouvert la

porte, qu'il eut bondi dans ton cœur et qu'il y fût maître, maintenant.

Chasse-le. Et à l'avenir, sois plus prudent, n'ouvre pas la porte par

laquelle il entre.

3

Plus l'homme se croit haut placé, plus facilement il s'irrite contre les

gens. Plus l'homme est modeste, plus il est bon et se fâche moins.

4

Ne pense pas que la vertu consiste dans la bravoure et la force. Si tu

peux te placer au-dessus de la colère, pardonner et aimer celui qui t'a

offensé, tu auras fait le mieux de ce qu'un homme peut faire.

DJERBELOTE, persan.

5

Il est vrai, que tu n'as peut-être pas la force de ne pas te fâcher

contre celui qui t'a offensé, outragé. Mais tu peux toujours le

contenir, ne manifester ta colère ni en paroles ni en actes.

6

La colère ment toujours de l'impuissance.

III.--_La colère contre les hommes nos frères est déraisonnable parce

que le même Dieu vit en nous tous._

1

On doit s'observer depuis le matin et se dire: tout à l'heure, je

pourrai avoir affaire à un homme insolent, effronté, importun,

hypocrite, nerveux. Il y a souvent des gens comme ça. Ils ne savent pas

ce qui est bien et ce qui est mal. Mais si je sais, moi, où est le bien

et le mal, si je comprends que le mal pour moi ne peut venir que de la

mauvaise action que j'ai commise moi-même, aucun mauvais homme ne peut

me nuire. Personne ne peut me forcer à faire mal. Si je pense encore que

tout homme m'est proche, non par le sang et la chair, mais par l'esprit,

que le même Esprit divin vit en chacun de nous, je ne peux pas me fâcher

contre un être qui m'est proche. Je sais donc que nous sommes créés l'un

pour l'autre, que nous sommes appelés à nous entr'aider comme les mains,

les pieds, les yeux et les dents s'aident entre eux et servent le corps

entier; comment puis-je me détourner de mon prochain si, contrairement à

sa vraie nature, il me fait du mal.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 170 / 513 题