1
Le terme de péché, dans le langage populaire, est employé par le
laboureur lorsque la charrue lui échappe des mains, et qu'elle sort du
sillon sans retourner la terre.
Il en est de même dans la vie. Le péché est la déviation du corps humain
de la bonne voie et son impuissance, par suite, d'accomplir son devoir.
2
Dans leur jeunesse, lorsqu'ils ne connaissent pas le but réel de la vie
qui est la communion dans l'amour, les hommes pensent que le but est de
satisfaire leurs désirs charnels. Il n'y aurait pas grand mal, si cette
illusion n'était qu'une erreur de la raison; mais le malheur est que
l'assouvissement des désirs charnels souille l'âme et que celle-ci perd
la faculté de trouver son bonheur dans l'amour.
N'est-ce pas vouloir puiser de l'eau potable avec un récipient bien
souillé préalablement?
3
Tu voudrais procurer à ton corps les plus grands plaisirs. Mais ton
corps, vivra-t-il longtemps? Se soucier des plaisirs charnels, c'est
construire sa maison sur de la glace. Quelle joie pourrait-on attendre
d'une telle vie, quel repos? Ne crains-tu pas constamment que, tôt ou
tard, la glace fondra, que, tôt ou tard, tu devras abandonner ton corps
mortel?
Transporte donc ta maison sur la terre ferme; travaille à ce qui
ne meurt pas: perfectionne ton âme, débarrasse-toi des péchés, des
tentations et des superstitions.
D'après SKOVORODA.
4
L'enfant ne sent pas encore son âme et ne sent pas ce qu'éprouve
l'adulte lorsqu'il entend deux voix contradictoires parler en lui. L'une
dit: «mange toi-même» et l'autre: «donne à celui qui demande.» L'une
dit: «venge-toi», et l'autre: «pardonne». L'une dit: «crois à ce que
disent les autres», et l'autre: «réfléchis toi-même».
Plus l'homme devient âgé, plus il entend ces deux voix contradictoires:
l'une est la voix du corps, l'autre celle de l'esprit. Et celui qui
s'habituera à entendre la voix de l'âme, sera heureux.
5
Nul ne peut servir deux maîtres: car ou il haïra l'un et aimera l'autre,
ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir
Dieu et Mamon.