III.--_L'amour n'est vrai que lorsqu'il se répand sur tout._

1

Dieu voulait que nous fussions heureux et, dans ce but, il nous a donné

le besoin du bonheur; seulement, il voulait que nous soyons heureux

tous, et non pas quelques-uns, et pour cela il nous a donné le besoin

d'aimer. Il s'ensuit que les hommes ne seront heureux que lorsqu'ils

s'aimeront tous les uns les autres.

2

Sénèque disait que tout ce que nous voyons, tout ce qui vit n'est qu'un

seul corps; tels les bras, les jambes, l'estomac, les os, nous sommes

les parties de ce corps. Tous, nous sommes venus au monde de la même

façon; tous, nous voulons notre bonheur; tous nous savons que nous

ferions mieux de nous entr'aider que de nous exterminer et tous nous

avons un germe d'amour les uns pour les autres. Comme des pierres,

nous formons une même route et nous nous écroulerons, si nous ne nous

soutenons pas.

3

Si nous aimons ceux qui nous plaisent, qui nous louent, qui nous font du

bien, nous les aimons pour nous-mêmes. Le véritable amour est celui qui

nous fait aimer non pour notre plaisir, mais pour le bien des hommes que

nous aimons; nous devons les aimer, non pas parce qu'ils sont agréables

ou utiles, mais parce que dans chaque homme nous reconnaissons l'esprit

qui vit en nous.

Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons aimer, comme nous l'a appris le

Christ, non seulement ceux qui nous aiment, mais aussi ceux qui nous

haïssent: nos ennemis.

4

Tâche d'aimer celui que tu n'aimais pas, que tu blâmais, qui t'a

offensé. Si tu y réussis, tu connaîtras une sensation nouvelle de joie.

De même que la clarté éclate après les ténèbres, la lumière de l'amour

s'allumera avec plus d'intensité et plus joyeusement en toi, après

s'être libéré de l'inimitié.

5

Le meilleur des hommes est celui qui aime _tous_ et qui fait du bien à

tous, qu'ils soient bons ou méchants.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 82 / 513 题