II.--_Le «Moi» spirituel._

1

Lorsque nous parlons de notre «moi», nous n'entendons pas notre corps,

mais ce qui le fait vivre. Qu'est-ce que le «moi»? Nous ne pouvons le

définir par des paroles, mais nous le connaissons mieux que tout ce que

nous savons. Car nous savons que si nous n'avions pas ce «moi», nous

ne saurions rien, nous n'aurions rien au monde, et nous n'aurions pas

existé nous-mêmes.

2

Lorsque je réfléchis, il m'est plus difficile de comprendre ce qu'est

mon corps que ce qu'est mon âme. Le corps a beau nous être proche, il

nous est toujours _étranger_; seule l'âme est à _soi_.

3

Si l'homme ne sent pas l'âme en soi, cela ne veut pas dire qu'il n'a

pas d'âme, mais cela prouve seulement qu'il n'a pas encore appris à la

connaître.

4

Tant que nous ne comprenons pas ce qui est en nous, quel intérêt

avons-nous à savoir ce qui est en dehors de nous? Et peut-on connaître

le monde avant de s'être compris soi-même? Celui qui est aveugle chez

lui, peut-il voir lorsqu'il est chez les autres?

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 50 / 513 题