III.--_La volonté de Dieu._

1

Nous concevons Dieu moins par la raison que par notre sensation d'être

en Son pouvoir, tel un nourrisson dans les bras de sa mère.

L'enfant ne sait pas qui le tient, le réchauffe, le nourrit, mais il

sait que ce quelqu'un existe et non seulement il connaît, mais il aime

ce quelqu'un dont il dépend. Il en est de même de l'homme.

2

Plus l'homme accomplit la volonté de Dieu, plus il Le connaît.

Si l'homme n'accomplit pas la volonté de Dieu, il ne Le connaît pas du

tout, bien qu'il dise Le connaître et qu'il L'_invoque_.

3

De même qu'on ne peut reconnaître une chose qu'en s'en approchant, on ne

peut connaître Dieu, qu'en s'approchant de Lui, et on ne peut le faire

qu'à l'aide de bonnes actions. Et plus l'homme s'habitue au bien, mieux

il apprend à connaître Dieu; et plus il apprend à le connaître, plus il

aime ses semblables.

4

Nous ne pouvons connaître Dieu. Tout ce que nous savons de Lui c'est Sa

loi, Sa volonté, telles qu'elles sont écrites dans l'Evangile. De la

connaissance de Sa loi, nous déduisons que Celui qui l'a faite existe,

mais nous ne pouvons pas Le connaître Lui-même. Nous ne savons au juste

qu'une chose, c'est que nous devons accomplir la loi que Dieu nous a

donnée et que notre vie est d'autant, meilleure que nous suivons plus

strictement cette loi.

5

Il est surprenant que je n'aie pu voir avant la simplicité de cette

vérité qu'en dehors de ce monde et de notre vie, il y a quelqu'un,

quelque chose qui sait pourquoi le monde existe et pourquoi nous y

sommes, telles les bulles qui se forment dans l'eau bouillante et qui

éclatent et disparaissent.

Oui, il se passe quelque chose en ce monde, grâce à tous les êtres

vivants, à moi, à ma vie. Autrement, pourquoi existeraient ce soleil,

ces printemps, ces hivers et pourquoi ces souffrances, ces naissances et

ces morts, ces bienfaits, ces crimes, pourquoi tous ces êtres séparés

qui apparemment n'ont aucun sens pour moi et qui vivent de toutes leurs

forces, qui se soucient tant de leur vie? La vie de tous ces êtres me

convainc parfaitement que tout cela est nécessaire à quelque chose de

raisonnable, de bon, mais qui ne m'est pas accessible.

6

Tant que l'homme chante, crie et dit devant tous: «O Seigneur,

Seigneur!» c'est qu'il n'a pas trouvé le Seigneur. Celui qui L'a trouvé

garde le silence.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 35 / 513 题