VI.--_Le culte extérieur._

1

La vraie foi est dans la croyance en une seule loi qui convient à tous

les hommes de l'univers.

2

La vraie religion enseigne de vivre dans le bien, en accord avec tous

et d'agir envers son prochain comme on voudrait qu'on agisse envers nous.

Cette vraie religion a été enseignée par tous les sages, par tous les

saints de tous les peuples.

VII._--L'idée de la récompense pour la bonne conduite est incompatible

avec la vraie foi._

1

Quiconque, pratique une religion seulement en vue des récompenses

qu'elle peut lui assurer pour ses bonnes œuvres, ne fait pas preuve de

foi mais de calcul, calcul toujours faux. Il est faux, parce que la

vraie foi assure le bonheur dans le présent uniquement, qu'elle ne donne

et ne peut donner aucun bonheur dans l'avenir.

2

Un ouvrier cherchait à s'embaucher. Il rencontra deux embaucheurs, qui,

chacun de son côté, se mirent à lui vanter leurs patrons. L'un lui dit

que la place était excellente. «Il est vrai, que si tu ne contentes

pas le patron, il te frappera, t'emprisonnera; mais si tu réussis à

le satisfaire, tu ne pourras pas avoir de vie plus agréable. Quand tu

auras fini ton temps de travail, tu auras ta retraite, tu vivras sans

rien faire; des fêtes, du vin, des friandises et promenades chaque jour.

Plais-lui seulement; la vie sera telle que tu n'en peux imaginer de

meilleure.»

L'autre embaucheur invita, à son tour, l'ouvrier à aller chez son

patron, mais ne dit pas comment il serait récompensé; il ne pouvait

même pas dire où et comment vivaient les ouvriers et si le travail

était facile ou pénible; il affirma seulement que le maître était bon,

qu'il ne punissait personne et qu'il vivait lui-même au milieu de ses

employés.

L'ouvrier réfléchit: «Le premier patron promet trop. Si tout était vrai,

il n'aurait pas besoin de tant promettre. En me laissant tenter par une

vie grasse, je pourrai bien mal tomber. Le maître doit être méchant,

parce qu'il punit sévèrement ceux qui ne travaillent pas à son gré;

j'irai plutôt chez l'autre; au moins, celui-ci ne promet rien, mais on

dit qu'il est bon et qu'il vit au milieu de ses ouvriers.»

Il en est de même des doctrines religieuses. Certains docteurs incitent

les hommes à bien faire en les intimidant par les punitions et en les

attirant par des promesses de récompenses dans l'autre monde où personne

n'a été. D'autres enseignent seulement que l'amour, base de la vie, est

en nous et que celui qui reconnaît ce principe est heureux.

3

Si tu sers Dieu pour obtenir la jouissance éternelle, tu te sers

toi-même et non pas Dieu.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 19 / 513 题